Le 16 septembre 2026, Ursula von der Leyen a prononcé son sixième discours sur l’état de l’Union européenne (SOTEU) devant le Parlement européen à Strasbourg, à l’occasion de la rentrée parlementaire européenne. Depuis le traité de Lisbonne, ce rendez-vous annuel permet à la présidente de la Commission européenne de présenter les grandes orientations de l’Union pour l’année à venir et d’échanger avec les députés européens.
Cette édition intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu : guerre en Ukraine, conflit au Proche-Orient, tensions commerciales avec la Chine, relations transatlantiques plus incertaines avec les États-Unis et multiplication des menaces hybrides. Sur le plan politique, l’Union fait également face à une polarisation croissante et à la progression de forces d’extrême droite et eurosceptiques dans plusieurs États membres. La désinformation et les ingérences étrangères, ainsi que la remise en cause de certaines valeurs démocratiques, sont ainsi présentées comme des défis majeurs.
Face à ces évolutions, Ursula von der Leyen défend l’idée d’une Europe plus forte, plus indépendante et davantage capable d’agir par elle-même. Le SOTEU 2026 dessine ainsi plusieurs priorités européennes pour 2026, autour de la compétitivité et l’emploi, la dimension sociale et l’inclusion, la sécurité et la défense, le climat et la résilience et enfin l’état de droit, démocratie et les valeurs.
SOTEU 2026 : Renforcer la compétitivité européenne
La compétitivité européenne de l’économie européenne est présentée comme la première priorité. Pour réduire les obstacles au développement des entreprises, la Commission entend achever la refonte du marché unique européen, accélérer les procédures d’autorisation et poursuivre la simplification administrative.
Plusieurs mesures sont annoncées, dont un paquet de simplification bancaire et financière, un paquet de simplification dans les transports et une stratégie de diversification des approvisionnements. La Commission prévoit également la création d’une Corporation européenne sur les matières premières critiques, destinée à sécuriser l’accès aux matières premières critiques pour les industries européennes.
Ces orientations doivent contribuer à renforcer la sécurité économique européenne et à limiter les dépendances susceptibles de fragiliser les entreprises et les secteurs stratégiques de l’Union.
Accélérer l’indépendance énergétique
L’énergie est directement liée à la souveraineté européenne et à l’autonomie énergétique européenne. Ursula von der Leyen souhaite doubler la part de l’électricité dans le mix énergétique européen d’ici 2040, en s’appuyant notamment sur les énergies renouvelables, le nucléaire et d’autres sources produites en Europe.
Pour y parvenir, l’UE prévoit un plan d’action sur les réseaux électriques, avec davantage d’investissements dans les infrastructures, l’accélération des raccordements et le développement du stockage.
L’objectif est double : réduire les émissions et diminuer la dépendance européenne aux importations de combustibles fossiles. Cette orientation s’inscrit également dans la volonté de renforcer l’indépendance stratégique de l’Europe.
Répondre à la concurrence chinoise
Ursula von der Leyen a également insisté sur la nécessité de réduire certaines dépendances économiques vis-à-vis de la Chine. Elle propose notamment de diversifier les chaînes d’approvisionnement, de renforcer les réserves stratégiques et de mieux sécuriser l’accès aux matières premières critiques.
La Commission souhaite ainsi éviter que les dépendances économiques ne deviennent des vulnérabilités stratégiques pour l’Union. La réduction des dépendances stratégiques de l’Union européenne constitue ainsi un enjeu important de la politique économique et industrielle européenne.
Adapter l’Europe au changement climatique
Après un été marqué par les fortes vagues de chaleur, les incendies et les épisodes de sécheresse, la Commission veut renforcer les capacités d’adaptation au changement climatique de l’Union et développer la résilience climatique des territoires européens.
Plusieurs initiatives sont annoncées : un cadre pour la résilience au changement climatique pour les territoires les plus vulnérables, une alliance pour l’assurance des risques climatiques, un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur et une nouvelle initiative européenne pour l’eau. L’objectif est de mieux anticiper les conséquences du changement climatique et de renforcer la protection des populations et des territoires.
Ces mesures participent ainsi à la stratégie de climat et de résilience européenne, en renforçant les capacités de l’Union à faire face aux conséquences des événements climatiques extrêmes.
Encadrer et développer l’intelligence artificielle
L’IA est présentée à la fois comme une opportunité économique et comme un enjeu de sécurité. L’Union souhaite poursuivre la mise en œuvre du règlement européen sur l’intelligence artificielle, tout en renforçant la coopération avec des partenaires comme le Canada et le Royaume-Uni sur l’évaluation et la sécurité des modèles.
La Commission prévoit également d’augmenter massivement les capacités européennes de calcul et de faciliter les investissements publics et privés dans les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle européenne.
Une attention particulière sera portée à l’utilisation de l’IA dans cinq secteurs : la santé, les transports, l’agroalimentaire, l’industrie avancée, ainsi que la défense et l’espace. De nouvelles initiatives doivent être présentées en novembre.
L’objectif est ainsi de permettre à l’Europe de développer ses propres capacités technologiques tout en garantissant un cadre commun pour le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Protéger les jeunes dans l’espace numérique
La transformation numérique soulève également des enjeux de protection des enfants et des adolescents. Ursula von der Leyen a annoncé le EU KIDS ACT, qui prévoit notamment l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans et l’interdiction d’ouvrir un compte personnel avant 15 ans. Entre 13 et 15 ans, les jeunes pourraient disposer de comptes aux fonctionnalités limitées et supervisés par leurs parents. La Commission prévoit également un Digital Fairness Act, destiné à renforcer la protection des utilisateurs face aux pratiques numériques conçues pour capter leur attention. L’objectif affiché est de construire un environnement numérique plus sûr et mieux adapté à l’âge des utilisateurs.
Renforcer l’Europe sociale
Face aux transformations du marché du travail, notamment liées à l’IA, la Commission prévoit de présenter un acte législatif sur des emplois de qualité avant la fin de l’année, consacré notamment à la qualité des emplois et aux compétences.
Elle annonce également un Pacte européen pour les soins, destiné à répondre aux défis liés au vieillissement de la population, ainsi que des mesures sur le logement abordable en Europe.
Le Pacte européen pour les soins doit notamment accompagner les évolutions démographiques et les besoins croissants en matière de prise en charge. Le Socle européen des droits sociaux, qui fêtera ses dix ans en 2027, reste un cadre de référence pour ces politiques.
Construire de nouveaux partenariats
Dans un contexte international marqué par les incertitudes sur les relations avec les États-Unis, Ursula von der Leyen souhaite diversifier et approfondir les partenariats de l’Union. Cette stratégie doit contribuer à renforcer l’indépendance stratégique de l’Europe et sa capacité à agir dans un environnement international plus incertain.
Le Canada occupe une place particulière dans cette stratégie. Le Premier ministre canadien Mark Carney était présent au Parlement européen lors du discours. Ursula von der Leyen a proposé de construire une « Alliance pour l’avenir » autour de la technologie, de l’énergie, des matières premières critiques, des batteries, de l’IA, du quantique, de la cybersécurité et de l’Arctique.
Elle a également proposé d’ouvrir la voie à un statut de premier « membre associé » de l’Union européenne pour le Canada.
Renforcer la sécurité européenne et soutenir l’Ukraine
La sécurité et la défense de l’Union européenne constituent l’un des axes majeurs du discours. La Commission prévoit de présenter une nouvelle stratégie européenne de sécurité et souhaite créer un Conseil européen de sécurité afin de renforcer la coordination entre les États membres.
Elle annonce également prévoir un nouvel instrument européen consacré aux capacités stratégiques, basé sur l’article 4 l’OTAN, afin de renforcer les capacités communes de l’Union.
Concernant l’Ukraine, Ursula von der Leyen a réaffirmé le soutien à l’Ukraine, notamment pour l’approvisionnement énergétique et la défense aérienne, ainsi que la volonté de renforcer les sanctions européennes contre la Russie.
La guerre en Ukraine reste ainsi un élément central de la politique de sécurité européenne et de la réflexion sur l’avenir de l’Union européenne.
Proche-Orient et migration
Sur le Proche-Orient, Ursula von der Leyen a annoncé un soutien financier à la reconstruction et à l’Autorité palestinienne, tout en réaffirmant la perspective d’une solution à deux États.
En matière de migration et d’Union européenne, la Commission souhaite poursuivre le renforcement des frontières extérieures et des capacités de Frontex, tout en développant davantage les possibilités de migration régulière et d’insertion professionnelle. Un nouveau cadre européen d’intervention d’urgence sera également mis en place pour mieux répondre aux situations de mouvements migratoires exceptionnels ou de grande ampleur.
Ces orientations s’inscrivent dans les travaux européens visant à renforcer la gestion des frontières et à organiser davantage les voies légales d’accès au territoire européen.
Protéger la démocratie et l’État de droit
Enfin, le discours accorde une place importante à la démocratie européenne. Face à la désinformation, aux ingérences étrangères et à la polarisation politique, la Commission souhaite renforcer les mécanismes de protection des démocraties.
La lutte contre la désinformation et les ingérences étrangères constitue ainsi un enjeu croissant pour les institutions européennes, notamment dans un contexte marqué par la multiplication des menaces hybrides.
L’État de droit dans l’Union européenne reste également une condition essentielle de l’élargissement de l’Union européenne. La Commission entend ainsi poursuivre les réformes engagées avec les pays candidats et rappeler que le respect des valeurs européennes constitue un préalable à leur rapprochement avec l’UE. La Commission européenne entend également proposer un « Congrès de l’Europe ».
À retenir
Le SOTEU 2026 dessine ainsi une stratégie autour d’un même objectif : renforcer la capacité de l’Union à agir dans un environnement géopolitique et politique de plus en plus incertain. Compétitivité, indépendance énergétique, intelligence artificielle, adaptation climatique, droits sociaux, défense, partenariats internationaux et protection de la démocratie constituent les principaux axes annoncés pour les prochaines années.
Votre avis compte ! Partagez votre point de vue en répondant au sondage de la Commission européenne via ce lien : ici
1) Qui prononce le discours annuel sur l’état de l’Union Européenne ?
C’est le président ou présidente de la Commission européenne. Pour 2026, il s’agissait d’Ursula von der Leyen. Elle a été la première femme à être élue présidente de la Commission européenne en 2019, et réélue pour un second mandat de 5 ans par le Parlement européen en 2024.
2) Qui est Mark Carney ?
Mark Carney est le premier ministre canadien depuis le 14 mars 2025 (étant le successeur de Justin Trudeau). Il était présent au Parlement européen dans le cadre du renforcement des relations stratégiques entre l’Union européenne et le Canada, notamment en matière de commerce, de sécurité et de défense.
3) Quelles sont les 5 grandes priorités de la Commission européenne pour l’année 2026 ?
Les 5 grandes priorités pour l’année sont la compétitivité et l’emploi, la dimension sociale et l’inclusion, la sécurité et la défense, le climat et la résilience et enfin l’état de droit, démocratie et les valeurs.

