The laïcité en Europe est souvent associée au modèle français, fondé sur le principe de séparation des Églises et de l’État depuis 1905. Pourtant, à l’échelle du continent, les relations entre États et religions reposent sur des traditions historiques très diverses, allant d’une séparation stricte entre les institutions publiques et les cultes à des systèmes de coopération institutionnelle.
Si l’Union européenne ne propose pas de définition unique, elle s’inscrit dans une logique de neutralité de l’État et de protection des libertés. Ainsi, si l’on compare les différentes approches concernant la laïcité en Europe, on constate une grande diversité de pratiques, tout en s’appuyant sur un socle commun fondé sur les fundamental freedoms et le respect de l’espace public européen.
Un socle commun fondé sur la liberté de conscience
Malgré les différences entre États, la liberté de conscience constitue un principe central. Elle garantit à chacun le droit de croire, de ne pas croire ou de changer de religion.
Une protection reconnue par le droit européen
La liberté de pensée, de conscience et de religion est consacrée par l’article 9 of the Convention européenne des droits de l’homme. Elle est également reprise à l’article 10 of the Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, faisant partie de l’acquis communautaire depuis l’entrée en vigueur en 2009 du traité de Lisbonne. Ces deux textes participent à l’édification des droits fondamentaux de l’Union européenne.
L’Union européenne privilégie ainsi une approche centrée sur le pluralisme et la protection des individus, davantage que sur une vision stricte de la laïcité.
Cette dynamique s’inscrit dans un processus plus large de sécularisation en Europe, marqué par une évolution progressive des rapports entre religion et société.
Le recul du blasphème et l’évolution des sociétés
The disparition progressive du délit de blasphème dans plusieurs pays illustre cette transformation. Par exemple, l’Irlande l’a notamment supprimé en 2020 à la suite d’un référendum organisé en 2018.
Cette évolution témoigne d’une diminution de l’influence directe des normes religieuses dans le droit civil et pénal.
Elle reflète également une évolution des politiques publiques, désormais davantage orientées vers la protection des individus et de leurs libertés que vers celle du sacré.
Des relations variées entre États et religions
Les modèles nationaux restent profondément influencés par l’histoire. Les États et religions en Europe entretiennent des relations très diverses, certaines constitutions mentionnant encore l’héritage religieux européen.
Des constitutions marquées par l’histoire
Dans plusieurs pays, ces références traduisent une influence durable des traditions religieuses dans l’organisation politique et juridique. Certaines constitutions européennes font encore référence à Dieu ou aux racines chrétiennes de la nation, notamment en Allemagne, en Grèce, en Hongrie ou encore en Irlande.
D’autres pays conservent une religion officielle. Au Denmark, par exemple, le souverain doit appartenir à l’Église luthérienne.
Des modes de coopération variés avec les cultes
Dans de nombreux pays européens, les relations entre l’État et les cultes reposent sur des accords spécifiques, illustrant des formes de régulation religieuse adaptées aux contextes nationaux. Ces systèmes s’inscrivent davantage dans une logique de coopération entre les pouvoirs publics et les religions que dans une stricte séparation. Cette diversité de modèles reflète la pluralité des traditions historiques, culturelles et religieuses présentes en Europe.
Ainsi, plusieurs États ont conclu des concordats, c’est-à-dire des accords passés entre un État et le Saint-Siège afin d’organiser les relations avec l’Église catholique. De tels accords existent notamment en Espagne, en Italie, au Portugal ou en Pologne. Plus largement, certains États continuent de financer certains cultes ou d’entretenir des relations institutionnelles privilégiées avec les Églises, ce qui contraste avec le modèle français de laïcité fondé sur le principe de séparation entre l’État et les organisations religieuses.
L’expression religieuse dans l’espace public
Dans la vie quotidienne, les différences entre les États européens sont particulièrement visibles dans l’encadrement des pratiques religieuses, notamment en matière d’éducation et de port de signes religieux.
Ainsi, plusieurs pays européens intègrent un enseignement religieux dans les programmes des écoles publiques. De même, certains États, comme la France, la Belgique, le Danemark ou l’Autriche, ont adopté des restrictions concernant le port du voile intégral dans l’espace public, tandis que d’autres privilégient une approche davantage fondée sur la liberté individuelle et la protection de la liberté religieuse.
Ces questions témoignent de la diversité des politiques religieuses en Europe, où les équilibres entre liberté individuelle, neutralité de l’État et encadrement des manifestations religieuses varient sensiblement d’un pays à l’autre.
La religion dans la construction européenne
Les questions religieuses ont longtemps été absentes des traités européens. Toutefois, l’approfondissement de la construction européenne et les débats sur les valeurs communes de l’Union ont progressivement conduit les États membres à se positionner sur la place des religions dans l’espace européen.
Le débat sur les racines chrétiennes de l’Europe
La question des racines chrétiennes a notamment révélé des divergences entre États.
Au début des années 2000, plusieurs États ont souhaité inscrire dans les textes européens une référence explicite aux racines chrétiennes de l’Europe ou à Dieu.
Cette proposition a suscité de vives oppositions, notamment de la part de la France et de la Belgique, attachées à une conception plus neutre des institutions publiques.
Le compromis retenu autour de l’ “héritage spirituel” illustre une volonté d’équilibre entre reconnaissance historique et neutralité.
L’article 17 du traité de Lisbonne
L’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), introduit par le traité de Lisbonne signé en 2007 et entré en vigueur en 2009, formalise cette position en instituant un dialogue ouvert, transparent et régulier entre l’Union européenne et les Églises, associations ou communautés religieuses ainsi que les organisations philosophiques et non confessionnelles. Il renforce ainsi la prise en compte du pluralisme au sein des institutions européennes.
Le rôle croissant des juridictions européennes
Au-delà des textes, l’influence du droit européen s’exerce également à travers les décisions rendues par les juridictions européennes : la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) and Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
Ces juridictions permettent de définir les équilibres entre liberté religieuse, neutralité, non-discrimination et respect des traditions nationales.
La neutralité dans les entreprises
La CJUE a été amenée à se prononcer à plusieurs reprises sur le port de signes religieux dans le monde du travail.
Elle considère qu’une entreprise peut imposer une obligation de neutralité à certaines conditions, notamment lorsque cette mesure est justifiée par un objectif légitime et respecte le principe de proportionnalité.
La marge d’appréciation des États
De son côté, la CEDH adopte une approche plus souple.
Elle reconnaît généralement aux États une large marge d’appréciation dans les questions touchant à la religion. Cette position l’a conduite à valider aussi bien l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public en France, que la présence de crucifix dans certaines écoles italiennes.
Pour la CEDH, les traditions historiques et culturelles nationales doivent être prises en compte dans l’application des principes européens. Cette jurisprudence illustre la volonté de concilier l’existence d’un cadre européen commun avec le maintien de la diversité des modèles nationaux.
Une Europe du pluralisme
L’Union européenne ne constitue pas une Europe de la laïcité uniforme, mais plutôt un espace marqué par le pluralisme.
Entre traditions nationales, régulation des cultes et influence du droit européen, elle apparaît comme un cadre dans lequel coexistent différents modèles, tous encadrés par des principes communs de liberté et de respect des convictions.
Quelle est la différence entre laïcité, neutralité et sécularisation ?
La laïcité désigne un cadre juridique qui organise la séparation entre l’État et les religions, tandis que la neutralité renvoie au devoir des institutions publiques de ne privilégier aucune conviction.
La sécularisation, elle, décrit un mouvement de fond dans lequel la religion occupe une place moins centrale dans la société.
Quels pays européens ont encore une religion d’État ?
Plusieurs pays européens conservent des liens institutionnels forts avec une religion officielle ou historique. C’est le cas, par exemple, du Danemark ou du Royaume-Uni, même si ces situations varient fortement d’un État à l’autre.
Comment le droit européen encadre-t-il les questions religieuses ?
Le droit européen protège la liberté de pensée, de conscience et de religion, tout en veillant au respect du pluralisme et de la non-discrimination. Il n’impose pas un modèle unique de laïcité, mais fixe un cadre commun de droits fondamentaux.

